interview

  • france bleu besancon  2 novembre 2017    

  • sierre blues festival  5 juillet 2018 

  • la tete dans le public  decembre 2017 

    LTDP : Comment on passe de l'étude de la guitare jazz au blues?

    Amaury : J'ai toujours fait du blues en commençant par l'harmonica puis j'ai commencé la guitare. J'ai voulu comprendre le lien entre tous les styles de musiques américains. C'est par l'harmonie jazz que j'ai fait le lien entre tout ça, la mécanique de l'harmonie qui est assez générale. Je me sers de ce filtre de l'harmonie quand j'écoute de la musique et aussi dans ma manière de jouer. Cela s'entend que je l’ai étudié.

    LTDP : Vous jouez en duo et en band, une préférence sur les deux?

    Yves : Amaury préfère le duo car c'est assez poussé dans le jeu de guitare acoustique. Avant, je n'étais que électrique, j'ai passé 30 ans sur une guitare électrique et 5 ans sur une acoustique grâce à Amaury, je ne peux pas dire que je préfère, je dirais complémentaire, c'est le même instrument mais c'est abordé très différemment. En groupe, il y a une inertie qui est beaucoup plus grosse quand on veut changer d'ambiance, cela prend plus de temps, alors qu'en duo, cela va très vite.

    LTDP : Chanteur, guitariste et harmoniciste, bientôt seul en scène alors ? II faut savoir tout faire dans le blues ou c'est être maître jusqu'au bout de son art musical ?

    Amaury : J'ai commencé à 8 ans par l'harmonica et tout de suite joué beaucoup de musique 3 à 4 heures par jour. J'ai su très rapidement que je voulais faire cela comme métier. J'ai commence à jouer dans des groupes assez vite en ne jouant que de l'harmonica, mais je jouais très peu en fait, parce qu'il n'y a pas trop de besoins, 3 notes par là, un solo... J'avais envie de jouer, j'ai donc commencé la guitare et puis le chant, tout est complémentaire.

    LTDP : On compare votre style à celui de John Mayer, c'est chiant d'être comparer ou plutôt flatteur?

    Amaury / Yves : Ça dépend comment c'est fait (rire), comment la personne le fait, si elle nous dit "Ça nous fait penser à tel groupe" c'est adorable. Si par contre elle dit "Vous n'êtes pas plus bons qu'untel ou untel c'est méchant ! Tu peux passer ta vie à ressembler â quelqu'un, tu auras quand même ton son, ta manière.

    LTDP : Il y a quelques mois vous avez eu le prix du Swiss Blues Challenge, c'est une porte d'entrée pour les grands festivals ?

    Amaury / Yves: Oui, on espère. Il y a tout le temps eu cela, les radios, les tv crochet, les accélérateurs qui font que...Certains à qui tu envoies ton cd, un dossier, ne regardent même pas ce que tu leur envoie, mais parce que tu as gagné tel ou tel festivals ils se disent ok, c'est bon, on le prend... C'est un accélérateur, ça ne dure pas longtemps car l'année d'après il y en a un nouveau.

    LTDP : Le travail en duo c'est un mélange de country, blues et folk, vous aimez tordre cette musique ?

    Amaury: Oui exactement, j'ai l'impression que dans mon vocabulaire, quand j'improvise ou que je compose, il y a autant de blues, de jazz et de country, c'est vraiment les trois influences. Comme je n'ai pas envie de choisir, c'est un peu un pari de jouer un peu de tout, si le public est pris dans l'émotion, il se passe quelque chose. C'est une porte ouverte, aller un peu là, dans telle ou telle direction musicale et revenir.

    LTDP : Vous vivez votre musique sur scène, c'est exutoire, une mini thérapie, le blues est une musique que l'on vit avec ses tripes ?

    Amaury : Je ne me pose pas la question, c'est comme cela que je ressens la musique... Comme d’attraper les gens, les emmener comme dans un grand huit, ça secoue, ça ralenti et ça repart, de choquer un peu les gens, comme avec les différences de styles, une phrase jazz manouche, ou un passage de country, cela les interpelle, cela crée l'écoute et dés qu'il y a l'écoute la musique est possible.

    LTDP : Les projets imminents ?

    Amaury / Yves : On est ultra boostés avec notre diplôme en poche (rire) ! Un gros projet pour Amaury qui prépare un album. On part à Memphis pour la finale mondiale, la suite du Swiss Blues Challenge, et la finale européenne qui elle, se déroule en Norvège (La finale mondiale se déroule avant l'européenne, c'est comme ça). On est content de ce qui se passe et beaucoup de concerts et de beaux festivals qui arrivent.

  • swiss blues society, 1/3  10 decembre 2017   

    Nous avons rencontré récemment Amaury Faivre Duo (Amuary Faivre et Yves Staubitz), vainqueurs du Swiss Blues Challenge 2017, pour leur poser quelques questions à propos du duo, de leur victoire au Swiss Blues Challenge et de leur préparation pour l’International Blues Challenge et le European Blues Challenge.

     

    Swiss Blues Society : Amaury Faivre duo a gagné le dernier Swiss Blues Challenge, en 2017, et on va parler de différentes choses autour de la musique. On va commencer par une question simple, où vous êtes-vous rencontrés et dans quelles circonstances ?

    Yves : Il existe à Genève une association qui fait la promotion du blues, le BAG (Blues Association de Genève), qui organise de temps en temps des jams. Aux tout débuts de l’association ils avaient organisé une assez grosse jam à Onex. J’ai entendu parlé de ça et j’y suis allé…

    Amaury : … et moi je venais d’arriver à Genève et j’y suis allé aussi, pour rencontrer un peu du monde et on est tombé l’un sur l’autre.

    Yves : …exactement !

    Amaury : Ou plutôt les uns sur les autres, puisqu’on avait une formation électrique à l’époque.

    Yves : C’est vrai, il y avait aussi le batteur à l’époque. Moi je suis resté assez scotché quand j’ai entendu Amaury : je n’avais jamais entendu ça dans le coin, je l’ai approché pour faire connaissance et on a décidé de faire un groupe. Mais ça fait déjà près de 10 ans !

    SBS : Vous vous souvenez de l’année ? Moi je m’en souviens c’est 2009. Je me souviens également d’Amaury Faivre, qui était le petit gars qui débarquait, que personne ne connaissait…

    Yves : … et que tout le monde a entendu !

    SBS : Exactement ! Justement, puisqu’on parle de toi Amaury, est-ce que tu peux nous raconter un peu ton parcours musical ? Comment tu es arrivé au blues, et quelles sont tes influences ?

    Amaury : Je suis arrivé au blues par l’instrument, en fait. J’ai commencé l’harmonica quand j’étais petit dans ma ville natale de Besançon, et les méthodes pour apprendre l’harmonica sont de Jean-Jacques Milteau ou Charlie McCoy et on arrive tout de suite au blues. Et ça m’a plu. J’ai vraiment commencé en tant qu’enfant, avant l’âge où l’on a envie de choisir un style ou un goût : j’ai fait ce qu’on me demandait de faire dans les livres, au début.

    SBS :  Donc, tu as fait du blues même avant de savoir que c’était du blues ?

    Amaury : C’est un peu ça, oui !

    SBS : … parce que tu voulais faire de l’harmonica…

    Amaury : Voilà ! Je voyais qu’il fallait chanter 2 phrases, je ne parlais pas anglais mais j’essayais de faire les 2 phrases parce qu’il y avait une intervention entre deux parties d’harmonica. C’était vraiment comme ça, simplement parce que les méthodes me l’imposaient un petit peu.

    SBS : Et tu as appris la guitare, après ?

    Amaury : Oui appris j’ai appris la guitare. En fait, assez vite j’ai vraiment travaillé beaucoup en étant  très très jeune et j’ai tout de suite su que  je voulais faire de la musique de ma vie : quand j’avais 12-13 ans j’étais déjà décidé. Donc je jouais dans des groupes et en tant qu’harmoniciste je jouais sur 2, 3, 4 morceaux dans le set, je faisais un petit solo, une petite intervention, et j’avais donc beaucoup de temps à ne rien faire. J’ai commencé à jouer de la guitare à ce moment-là, parce que mon père jouait de la guitare aussi. Donc, j’ai commencé à jouer, à apprendre des accords et c’était vers l’âge de 12-13 ans.

    SBS : Et tu père écoutait quoi comme musique ?

    Amaury : Un peu de tout en fait. Mes parents écoutent pas mal de musique, mais sans vraiment de goût très prononcé pour un seul style. Ils écoutent de la musique classique, du rock, Brassens, de la chanson, tout ce qui n’est pas trop « variété » leur va bien.

    SBS : Tu as cité comme influence des harmonicistes comme Milteau, quelles sont tes autres influences dans le milieu du blues, ou ailleurs ?

    Amaury : Dans le blues, Milteau a écrit des partitions et surtout à l’époque c’était les seules méthodes d’harmonica que je pouvais trouver à Besançon. Et après surtout  j’ai rencontré les Little Walter, Sonny Terry, vraiment les vieux du blues. C’est par ces méthodes que je suis rapidement arrivé aux racines, aux débuts du blues.

    SBS : Et toi Yves, quel est ton parcours ?

    Yves : Moi j’ai commencé la musique à cause de mon frère. J’avais un frère qui avait 7 ans de plus que moi et qui était mon idole. Donc j’ai commencé la musique vers 13 ans, parce qu’il faisait de la musique. J’ai commencé à apprendre un peu tous les styles et un jour, à la fin du premier concert quelqu’un est venu et m’a dit : « les autres morceaux c’était pas mal, mais le blues que tu as fait était vraiment bien ». Ca m’a donné un petit truc dans la tête et du coup je me suis dirigé vers le blues et à partir du moment où je me suis intéressé au blues, mon frère m’a donné un disque de Stevie Ray Vaughan que j’ai mis de côté 6 mois avant de l’écouter. Puis tout à coup. du jour au lendemain j’ai adoré ça, comme beaucoup de gens à l’époque, et là je me suis vraiment intéressé à ça, j’ai approfondi et j’ai écouté des choses comme Robben Ford, qui n’est pas fondamentalement du vrai blues, mais je n’ai pas arrêté de faire du blues depuis dans un sens un peu plus large. J’ai pris mon temps pour jouer avant de faire des concerts, ensuite j’ai eu des enfants, j’ai mis la guitare un peu de côté , même si je continuais de jouer un peu tous les jours. Le blues était pour moi beaucoup plus évident que les autres musiques. Et j’adorais la musique d’improvisation.

    SBS : Je suis étonné que tu cites Stevie Ray Vaughan comme point de départ, parce que ton jeu de guitare n’est pas très proche de celui de SRV, quand même.

    Yves : Il l’a été pendant longtemps !

    SBS : Mais il ne l’est plus ? Tu mentionnes Robben Ford et d’autres influences qui ont contribué à trouver ton propre style sur d’autres choses ?

    Yves : Exactement. Après cela fait un melting pot. J’ai été quand même bien influencé par lui, mais j’ai aussi été influencé par des guitaristes comme Carlos Santana à l’époque. Il n’y avait quand même pas grand-chose, je suis quand même bien plus âgé que Amaury et à l’époque il y avait des guitaristes comme Larry Carlton, que j’adorais, et c’est vraim que j’ai fini par faire un mix, mais Stevie Ray Vaughan m’a vraiment influencé par sa puissance, par sa manière d’aborder la musique et pendant un moment j’étais vraiment scotché à lui. J’ai mis du temps à en sortir, comme toutes les influences premières, on met un peu de temps à se rendre compte qu’il y a autre chose, mais ensuite on joue son propre style par obligation, parce qu’on aime qu’un certain caractère se reconnaisse à la guitare.

    SBS : Quand tu écoutes d’autres choses que du blues, qu’est-ce tu écoutes ?

    Yves : Beaucoup de funk. J’aime beaucoup le funk. Il y a beaucoup de gens qui font beaucoup de musique, moi-même j’en fais de plus en plus et je n’écoute pas tant que ça un style particulier : un petit peu de tout. Je passe déjà tellement de temps à faire de la musique que j’en écoute finalement pas tant que ça. C’est un peu éclectique.

    SBS : Et toi Amaury ?

    Amaury : Moi je n’en écoute jamais ! (rires)

    SBS : Tu en fait trop et tu n’as pas le temps d’en écouter ?

    Amaury : C’est un petit peu ça.  Je n’ai pas beaucoup écouté de musique. En fait j’aime bien improviser et créer un petit peu mon propre univers musical. Et quand j’écoute un style c’est pour m’influencer du style en général et pas d’un artiste en particulier.

    SBS : Puisque l’on parle de style, est-ce que vous vous définissez vraiment comme un groupe de blues, ou pas ?

    Amaury : Pas du tout en fait. Comme on joue en duo de guitares acoustiques, c’est un blues assez rural, traditionnel qui est joué et nous faisons vraiment un blues qui est aux frontières du jazz, de la pop même pour certaines chansons, bluegrass, folk, …

    SBS : … avec même des morceaux qui vont du côté de la musique cajun.

    Amaury :  Oui, c’est exactement ça.

    Yves : On est beaucoup à la frontière en fait.

    Amaury : Et on aime ce jeu, par l’improvisation d’arriver à amener plein de choses sans dénaturer. On n’essaie pas l’exercice de style, mais on essaie de s’approprier toutes ces choses et mélanger un petit peu tout. En gardant le son des guitares acoustiques on arrive à donner une unité au concert quand même. Si on faisait la même chose avec un groupe et autant de styles différents ça paraîtrait probablement vraiment bizarre.

    Yves : Et en plus c’est assez intéressant à partir du moment où on est vraiment beaucoup dans l’improvisation. Ne pas refaire ce qui a été fait est notre créneau : il y a beaucoup de cela dans ce style de Chicago blues ou avec des guitares acoustiques et c’est très particulier. On ne vient pas d’Amérique, on n’a pas cette culture-là. La culture européenne est quand même beaucoup plus éclectique, donc on en profite un petit peu pour aller explorer pas mal de choses et pour fureter à gauche et à droite.

    Amaury : On a un peu un regard extérieur sur cette musique et ça nous donne des libertés.

    SBS : Si vous pouviez remonter le temps, et l’espace et revoir ou voir un musicien que vous aimez, qui iriez-vous écouter ?

    Amaury : Je pense que c’est Robert Johnson quand même, avec son peu d’enregistrements…

    Yves : Oui c’est presque une obligation, enfin pas une obligation, mais j’en ai tellement entendu parler. Parmi les musiciens de blues on en parle comme un demi-dieu : alors de m’imaginer dans ces moments-là dans un bouge mal famé …

    SBS : … un bon vieux juke-joint …

    Yves : …  et tomber sur Robert Johnson ! Si je pouvais choisir un seul concert, clairement ça serait celui-là, sans aucune hésitation !

    SBS : On va parler du Swiss Blues Challenge. D’abord, pour y avoir assisté, il y avait d’abord la barrière de la langue, on était en Suisse Allemande, à Bâle et aucun de vous ne parle l’allemand et vous avez fait la présentation en anglais. Vous étiez également le seul groupe acoustique et vous avez pris d’énormes risques sur scène, comme par exemple quand Amaury s’est éloigné de son micro pour chanter a cappella alors que le parterre était bondé. Moi j’ai pensé que c’était un énorme risque, mais qui a finalement super bien payé : vous avez accroché le public malgré la barrière de la langue et malgré que vous fassiez quelque chose d’un peu moins traditionnel. A titre personnel j’ai trouvé ça vraiment génial. Est-ce que vous avez quelque chose à ajouter sur ce commentaire et est-ce que vous avez fait une préparation particulière pour cette finale ?

    Amaury : Pour la prise de risque tu as raison. C’est quelque chose qu’on aime faire et qu’on fait : on défend vraiment la vraie improvisation et pas juste un solo au milieu d’un morceau qui a été construit. Donc c’est vrai que même si on s’était vraiment beaucoup préparé pour ce concours, qu’on avait beaucoup travaillé les morceaux et qu’on savait vraiment précisément l’ordre des morceaux et l’ambiance, l’énergie qu’on voulait donner à chaque morceau, on se laisse toujours une grand part d’improvisation dans le déroulement du morceau : c’est-à-dire qu’on peut rajouter un couplet, en enlever un, faire un solo qui dure un tour ou dix tours, tout ça se passe sur le moment en fait. On défend vraiment ce côté d’improvisation et c’est ce qui a payé aussi, parce qu’on en voit peu de la vraie improvisation. C’est assez rare. Et c’est une prise de risque parce que ça peut tomber à l’eau, mais quand ça marche par contre, tout le monde est là et c’est magnifique.

    Yves : En plus, on était là en Suisse Allemande comme tu l’as dit, et on n’avait pas grand-chose à perdre. Nous étions déjà très contents de faire partie de cette finale, pour nous c’était déjà quelque chose d’incroyable d’être le seul groupe acoustique, en plus romand, au milieu de tout ça et on s’est dit, voilà, on va jouer à fond et on va se faire plaisir, vraiment se faire plaisir et laisser les choses se dérouler comme ça. Amaury a senti tout à coup quelque chose se passer. On n’avait pas grand-chose à perdre, au pire on était 2ème, 3ème ou 4ème et puis voilà. Et du coup on y a vraiment été et ça c’est vraiment senti. Je pense que les autres groupes étaient très appliqués et on fait attention à faire quelque chose de très bien: c’étaient de  très bons musiciens qui ont essayé de faire des choses très en place, et voilà. Peut-être que c’était un peu froid et que les gens avaient envie de cette espèce de fragilité. On s’en est rendu compte sur le moment. Nous on était juste là pour s’amuser, même si c’est très important pour nous, mais quand on arrive avec 2 guitares acoustiques au milieu de toute cette armada de sections de cuivres…

     

    Amaury : C’est vrai que c’était intéressant juste pour le contexte. C’est au milieu d’un festival (Basel Summerblues), ce n’était pas une soirée organisée juste pour le concours, c’est un festival qui est complètement gratuit, tous les concerts sont gratuits, en plein air, il faisait super beau, super chaud et beaucoup de gens étaient juste là pour prendre du plaisir et du coup pas du tout pour essayer de juger qui était le meilleur groupe, c’était vraiment sur l’émotion que ça s’est passé.

    Yves : Et c’est vrai qu’on s’est dit pendant ces 20 minutes qu’on allait essayer de faire ce qu’on sait faire : c’est-à-dire un petit moment d’improvisation et c’est vrai que les gens ont beaucoup plus aimé que ce qu’on pensait. On a eu un retour, c’est vrai que les gens étaient adorables dès qu’Amaury a commencé un peu à improviser ils ont tout de suite été conquis et présents et c’était génial. Pour nous c’était un moment fa-bu-leux.

    SBS : Pour nous aussi ! Ca me permet de vous féliciter pour cette victoire.  Et effectivement je pense que la prise de risque a beaucoup plu au jury, qui s’est dit que là vous aviez quand même osé essayer de faire quelque chose. Et c’est la première fois au Swiss Blues Challenge qu’on avait un groupe qui était bissé pendant le concours parce ce que d’habitude le public sait que c’est minuté, on sait que c’est 20 minutes, mais là les gens ne voulaient plus vous lâcher ! Est-ce que cette victoire au Swiss Blues Challenge a déjà eu des retombées positives ?

    Amaury : Oui, on a déjà établi quelques contacts pour des concerts, et des festivals aussi, et des lieux, des gens qu’on a rencontré. Et le gros truc aussi, ça nous a donné l’envie d’avancer beaucoup. On en parlera tout à l’heure mais on a un album en cours qui va sortir à la fin de l’année et tout ce qui suit avec un site web et des photos, pour proposer quelque chose qui soit vraiment professionnel et abouti. A part l’année dernière pendant laquelle on a beaucoup joué, ça fait 6-7 ans que le duo existe, mais les premières années on a fait ça pour proposer une alternative au groupe électrique dans une formation plus intimiste en duo. En fait c’est venu comme ça, les premières fois c’était par sollicitation et on s’est dit qu’on pouvait essayer, et voilà ! Et avec le temps on avait de plus en plus envie de faire ça et avec le concours on a vraiment envie de développer le duo.

    Yves : Oui, on va mettre l’accent là-dessus. Maintenant on attend un petit peu que le disque soit fait qu’on puisse proposer quelque chose d’abouti et profiter de cette victoire pour essayer de tirer quelques ficelles et évoluer avec le duo. Parce que c’est ce qu’on a vraiment envie de ne faire que ça

    SBS : On va en discuter de ce disque du coup : vous êtes en cours d’enregistrement ?

    Amaury : Exactement !

    SBS : Et il sera prêt quand ?

    Amaury : Il sera prêt quand il sera prêt !  On y met le temps qu’on peut malgré tous les impératifs que nous avons, mais ce qu’on veut c’est le finir vers la fin de l’année 2017 pour qu’on puisse démarcher rapidement avec ça, principalement pour les festivals d’été…

    Yves : … pour ne pas laisser passer cet effet de suite du challenge et surfer là-dessus.

    SBS : J’imagine que le premier disque de Amaury Faivre duo sera proche de ce qu’on voit sur scène, c’est-à-dire 2 guitares, harmonica et voix, mais est-ce que vous allez apporter autre chose ?

    Amaury : La première chose sera le répertoire qu’on joue : tous les morceaux qu’on enregistre sont uniquement des compositions (d’Amaury) que nous avons joué sur scène depuis quelques temps et qui sont déjà prêtes en fait. Cet album, je l’ai en tête depuis un petit moment et pour des questions de son, on n’a pas envie de faire un album qui sonne comme un duo, comme 2 guitares acoustiques. On joue ensemble bien évidemment mais j’ai fait appel aussi à des amis musiciens pour mettre par exemple des percussions, une contrebasse, l’orgue hammond…

    Yves : … mais ça sera très acoustique …

    Amaury : … oui on garde ce côté intimiste et acoustique. On n’a pas voulu faire la grande armada avec des cuivres et des violons.

    Yves : … c’est très discret.

    SBS : C’est par petites touches juste pour compléter l’album.

    Yves : Exactement ! Et les compositions d’Amaury –à mon goût – sont suffisantes pour ne pas avoir à rajouter toute une armada de choses, elles sont vraiment abouties et il y aura juste quelques touches comme ça. Ca va être un très beau disque, pour moi en tout cas, ça va être un très beau disque. On verra ce que donne, mais là je commence à mieux me rendre compte du produit final et ça sera quelquechose de phénoménal.

    SBS : On se réjouit en tout cas ! Le futur c’est l’année prochaine, 2018. qui sera une grande année elle aussi puisqu’il y aura l’International Blues Challenge à Memphis en janvier et après  le European Blues Challenge qui se déroule à Hell, en Norvège du 15 au 18 mars. Quelles sont vos attentes et comment est-ce que vous allez vous positionner pour ces deux grands concours ?

    Yves : Je pense qu’on va agir exactement comme on l’a fait pour le Swiss Blues Challenge : c’est-à-dire qu’on va pas mal travailler pour être prêts et on va essayer de garder cette énergie d’improvisation et de moment particulier sur l’instant. Le reste ne nous appartient pas, on verra !  Les attentes sont le plus haut possible mais on ne se fait pas d’illusions non plus : il y aura beaucoup de très bons musiciens. Moi j’attends un peu plus du European Blues Challenge que de l’International, parce que l’IBC en Amérique ça reste quand même quelque chose de particulier : rien que de participer à ça est incroyable.

    SBS : Amaury, tu veux ajouter quelque chose ?

    Amaury : Je suis super content d’aller à Memphis pour jouer …

    SBS : … tu allais dire « retourner » à Memphis ?

    Amaury :  Oui en fait j’y suis déjà allé en voyage.

    SBS : Et tu y as déjà joué ?

    Amaury : En fait j’ai jammé là-bas. Dans les soirées là-bas il y a toujours des trucs incroyables qui se passent dans tous les bars du coin, c’est assez fou. Je suis content d’y aller pour jouer en fait, ce qui est magnifique c’est que c’est l’endroit du blues pour jouer. J’ai eu l’occasion d’aller à New York en tant que touriste une première et d’y retourner pour jouer et la ville était 10 fois mieux. Et j’attends donc de retourner comme musicien à Memphis. Et à Hell, on va se baigner sûrement parce que c’est au mois d’avril (note : mars en fait) (rires), on sera en Norvège, ça va être super. C’est l’occasion de rencontrer tout ce qu’il y a dans le blues en Europe et éventuellement des gens qui organisent des concerts et des festivals, pour nous ça peut être de super rencontres.

    Yves : Et voir le niveau aussi pour nous situer.

    Amaury :  Exactement, se placer par rapport au niveau européen.

    Yves : Mais on ne va pas changer quoi que ce soit pour ça, on va continuer sur notre lancée.

    SBS : A Memphis, est-ce que vous allez juste pendant la période du concours ou est-ce que vous restez quelques jours de plus pour vous balader sur la route du blues ?

    Yves : On va prendre quelques jours je pense, on ne va pas peut-être pas prendre deux semaines, mais on va quand même essayer de prendre quelques jours …

    Amaury : … au moins 3-4 jours pour enlever le décalage horaire, qui est toujours un peu désagréable et on va de toute façon prendre un peu de temps, voir si on peut aller à la Nouvelle-Orléans, à Nashville, on verra !

    Yves : On va essayer peut-être de faire un petit circuit, rapide, mais efficace.

    SBS : Voilà, on arrive à la fin de l’interview, est-ce que vous aimeriez ajouter autre chose ou parler d’un sujet que nous n’aurions pas abordé ?

    Yves : Non, sauf que ce qui s’est passé pour nous en 2017 est vraiment merveilleux. Je trouve ce concours (le Swiss Blues Challenge) fabuleux parce que ce n’est pas seulement un concours. Evidemment quand on voit ça de l’extérieur, ça fait très scolaire, mais quand on y participe cela peut déboucher sur des opportunités.

    SBS : En tant que Swiss Blues Society on a souvent eu des remarques et des questions comme « depuis quand le blues est-il un concours ? ». Une réaction que je peux comprendre mais à laquelle notre réponse et toujours la même : c’est plus un prétexte à la promotion du blues, de faire jouer les gens, de faire se rencontrer les gens, parce que quoiqu’on en dise, les plateformes comme Memphis ou le European Blues Challenge sont surtout des plateformes d’échange pour faire se rencontrer des gens. Je vous souhaite tout le bonheur du monde dans ces 2 concours et je vous propose de nous revoir en février après l’IBC et en avril, après l’EBC pour nous donner vos impressions de ces 2 concours.

    Yves : Très volontiers !

    Amaury : Super !

    Yves : Je me réjouis déjà de te raconter tout ça.

  • swiss blues society, 2/3  7 fevrier 2018   

    Je reçois Amaury Faivre et Yves Staubitz pour la Swiss Blues Society, qui ont accédé aux demi-finales de l’International Blues Challenge (IBC), à Memphis, en catégorie solo/duo. C’est une consécration en soi pour un groupe européen d’arriver si loin dans ce concours international qui voit se produire les meilleurs groupes de blues américains et quelques européens.

     

    Swiss Blues Society : Nous allons entrer directement dans le vif du sujet : comment s’est déroulé le concours ?

    Yves : D’une manière intense quand même !

    Amaury : Beaucoup de choses !

    SBS : Commençons par le début, vous êtes arrivés à Memphis sans instruments ?

    Yves : Exactement !

    Amaury : On est arrivé sans guitares, parce qu’on a des belles guitares qu’on a un peu peur de faire voyager dans l’avion et donc on a un peu galéré au début parce qu’il a fallu trouver des guitares. J’avais un contact d’un gars qui m’avait dit que c’était bon, mais en fait sur place on n’arrivait plus à le joindre…

    Yves : Ca commençait avant, il y a des site, des magasins de musiques qui louent des instruments et tu t’y rends, mais c’est beaucoup plus difficile que prévu, tu n’arrives pas avoir ce que tu veux, ou alors peut-être, mais c’est pas sûr… et c’est là qu’Amaury a eu un contact.

    Amaury : Chaque magasin de musique me renvoyait vers un gars qui n’avait pas de boutique. Le gars se baladait en camion dans la ville, tu l’appelles, il te dit « OK, je suis là dans 30 minutes », il arrive, te donne les guitares, tu paies cash, tu n’as pas de facture et quand tu rends la guitare, c’est un autre gars qu’on n’a jamais vu qui arrive et tu lui donnes la guitare. Et là on s’est dit qu’il y a une différence culturelle quand même. Ca c’est bien passé, finalement on avait quand même d’assez bonnes guitares.

    Yves : mais c’était assez compliqué : la veille du concert, on n’avait toujours pas de guitares !

    Amaury : Le concours ouvrait le mardi soir, il y avait plusieurs choses dans la ville et notamment une soirée dans une église, une superbe église toute en ruine qui était magnifique, dans laquelle Martin Luther King prêchait régulièrement. Il y avait là tous les groupes internationaux comme nous, qui faisaient des passages de 15-20 minutes et du coup on a pu rencontrer pas mal de groupes qui faisaient la compétition. Une bonne soirée !

    SBS : dans l’église c’était juste pour vous présenter ou c’était déjà noté ?

    Amaury : Non, c’était hors concours.

    Yves : C’était juste comme ça ! Il faut préciser qu’il faisait -15°C

    Amaury : L’église était chauffée, il faisait 5°C peut-être.

    Yves : C’était très particulier, mais c’était fabuleux !

    Amaury : C’était rigolo, parce que quand on est arrivé, il n’y avait personne dans les rues à Memphis, mais vraiment personne. J’étais allé en juillet et c’était noir de monde. On est arrivé le premier soir, il n’y avait personne, le lendemain non plus, on est allé dans des clubs et il n’y avait personne et on a appris plus tard que les autorités avaient demandé aux gens de ne pas sortir, parce qu’il y avait de la neige !

    Yves : Tellement il faisait froid !

    Amaury : Ca faisait 40 ans qu’il n’y avait pas eu de neige à Memphis.

    Yves : Il y avait de la glace par terre….

    Amaury : Le Mississippi était gelé, c’était particulier quand même.

    Yves : Sinon une super organisation ! On avait deux passages pour passer le quart de finales, c’est particulier, c’est assez difficile quand même !

    SBS : C’est des sets de combien de temps ?

    Yves : 20 minutes, 25 minutes, une demi-heure maximum. Il faut avoir 3 sets différents, on en avait 2 pour passer le premier quart, on avait 30 minutes et pour la finale c’était 20 minutes.

    Amaury : Nous avons joué dans un endroit qui est connu pour le cochon qui s’appelle Pig on Beale, on a joué deux soirs de suite devant deux jurys différents. On était peut-être une quinzaine de groupes, avec des heures différentes de passage tirées au sort en s’arrangeant pour que ce ne soit pas le même groupe qui commence les deux soirs. Et deux groupes ont été retenus, dont nous, pour passer le vendredi dans la demi-finale.

    Yves : On s’est rendu compte que le niveau était plus élevé que ce qu’on pensait. On était allé regarder sur internet un peu ce qui se passait, et on trouvait pas mal, mais sans plus. Mais quand ça a commencé de jouer on a vu qu’il y avait un gros, gros niveau quand même !

    Amaury : Il y avait pas mal de choses qui étaient assez moyennes, mais ceux qui étaient bons étaient très, très bons !

    SBS : Et dans la catégorie solo/duo il y a combien de groupes au départ ?

    Amaury : Je crois qu’on était 90.

    SBS : En ensuite, combien passaient à la phase supérieure ?

    Amaury : Il y avait environ 15 groupes par lieu et ils prenaient 2 groupes de chaque lieu, donc une trentaine…. Non moins que ça … si c’était peut-être de cet ordre de grandeur là…

    Yves : Après pour la finale, il y 9 endroits où on joue et ils en prennent 1 par endroit.

    SBS : Quelle expérience avez-vous tiré de ce concours ? Aussi bien humainement, techniquement et musicalement, de tout point de vue.

    Amaury : Déjà au niveau de la musique, c’est intéressant de voir un endroit où tout le monde joue le blues et que c’est leur vie. C’est bizarre, c’est un peu le paradis du blues ! J’avais déjà eu cette impression quand j’étais venu à Memphis en dehors du concours, que c’est une ville qui vit pour le blues, et les gens vont à Memphis pour cela. C’est fou, c’est quelque chose qu’on ne trouve nulle part dans le monde. C’est né là-bas, mais c’est encore là-bas.

    Yves : Il faut bien s’imaginer que pour nous qui sommes passionnés du blues, tout à coup tu arrives dans une rue dans laquelle le premier bistrot dont tu ouvres la porte tu vois quelque chose qu’on ne voit jamais ici au niveau de la qualité. Le premier soir on a vu des groupes qui jouent tellement bien ! Pas des gens qui participent au concours, ce sont des gens qui viennent régulièrement, des locaux, et c’est juste incroyable ! Et ça c’est tout le temps ! C’est vrai que ça donne une culture ! Et quand on joue dans cette ville-là entouré de gens qui jouent aussi bien, on est obligés d’être très forts, donc après ça fait une émulation incroyable qui crée un niveau fou. Et les gens savent ce que c’est que de bien jouer, ils savent pourquoi un groupe est bon et pourquoi un autre est très, très bon. Ils voient la différence. Donc c’était génial, c’était fabuleux.

    Amaury : Par exemple, il n’y a pas de mauvais chanteurs là-bas. C’est aussi leur langue maternelle, mais il y a vraiment une culture du chant : le chanteur sait chanter. Alors que c’est vrai que chez nous, on apprend à jouer de la guitare, on apprend les instruments, et on a souvent des chanteurs qui sont un petit peu limites.

    SBS : chez nous on prend souvent le moins mauvais, et voilà…

    Amaury : Là-bas c’est vraiment le chanteur qui fait le spectacle et qui tient la scène. C’est vraiment très établi et très normal.

    Yves : Il y a une notion du spectacle qui est très évidente, surtout dans le blues où ils passent des messages. C’était vraiment une semaine, pas de concours, mais de stage, de stage accéléré et sans en faire trop, c’est juste génial de voir tout ça.

    SBS : Vous auriez d’autres choses à dire à propos de ce que vous avez rencontré là-bas que vous n’auriez peut-être pas vu ici ?

    Yves : J’aurais quelque chose à ajouter par rapport au concours, par rapport aux gens qu’on a vu. C’était très difficile de faire un concours avec un niveau comme ça. On a vu des gens participer au concours qui ont montré une qualité que j’ai rarement vue mais qui n’ont pas passé. J’ai vu d’autres gens qui étaient beaucoup moins bons et qui sont passés. C’est à cause de différences de cultures et au niveau de plein de choses. C’est très particulier de participer à ça parce qu’on se rend compte que c’est très subjectif, même si tous les groupes qui sont passés à la fin, en finale, étaient d’excellents groupes, aucun problème à ce niveau-là. Mais c’est vrai que c’est particulier. On a vu un jeune passer, par exemple, qui était juste … (Amaury : c’était Prince !) … voilà ! On a vu en 20 minutes tout ce qu’il fallait faire et si il venait ici, ça serait juste la star du moment. Parce que c’est très rare de voire ça, à part un Buddy Guy, ce genre de gens qui ont vraiment une expérience. Ce gars a 22 ans et il a fait un truc … mais il n’est pas passé en finale !

    Amaury : Et on ne sait pas pourquoi. On a vu le groupe qui a pris sa place : c’était un peu bizarre aussi, c’était un petit papy un peu drôle qui jouait avec son groupe électrique avec un son un peu fuzz des années 80… Nous on préférait l’autre, mais bon …

    Yves : En tout cas il y avait une telle qualité que c’est difficile comme ça d’égrainer les choses …

    Amaury : Et on n’a pas vu leurs demi-finales. Peut-être qu’ils étaient à côté de la plaque ..

    SBS : Est-ce que vous avez rencontré des gens là-bas, établi des contacts ?

    Amaury : Oui, un petit peu. C’est rigolo le nombre de gens qui nous disaient : « Ah, vous êtes suisses, est-ce que vous connaissez Silvio ? » , Silvio Caldelari, du Sierre Blues…

    SBS : Oui, Silvio s’est notamment déplacé plusieurs fois à Memphis ...

    Amaury : Oui, et il fait venir beaucoup de musiciens américains, …

    SBS : Silvio a souvent reçu Jay (Jay Sieleman, ancien président de la blues foundation) à Sierre et il connaît bien les membres du comité de la Blues Foundation. Et Silvio était aussi dans le comité du European Blues Union …

    Amaury : Une des jurés de la demi-finale et venu nous dire que c’était très bien …

    Yves : Il y a 2 jurés qui sont venus vers toi en disant que c’était juste incroyable ! Amaury n’a pas été félicité, il a été plébiscité ! On a vu beaucoup d’harmonicistes qui jouent pas mal, mais pas beaucoup qui jouent très bien. Et lui, à ce niveau-là c’est vrai qu’il a été énormément été félicité. Et c’est là qu’on a été étonné avec ces deux jurés…

    Amaury : … c’est un couple en fait. Ils ont un fils qui organise des festivals, tout près de chez nous, à Veigères je crois, à quelques kilomètres de chez nous. Du coup, on est resté en contact, on a échangé nos mails et on verra ce que ça donne, mais c’est intéressant. Et puis il y avait une espèce de truc qui était organisé par la Blues Foundation où chaque musicien avait 6 minutes avec un des leaders du blues, et donc il y avait des producteurs, des organisateurs de festival, des télés, toutes sortes de trucs autour du blues. J’ai coché quelques trucs qui m’intéressaient, après, c’est sans grosses attentes parce qu’on ira peut-être pas tout de suite jouer dans un festival américain, parce que c’est une grosse organisation. Et je vois un gars qu’il me semble avoir déjà vu quelque part et je commence à discuter avec lui et quand il apprend qu’on vient de suisse, il me dit : « Ah j’étais venu jouer en Suisse, avec Mike Zito » ! En fait c’était le saxophoniste de Mike Zito (NDLR : Jimmy Carpenter, probablement), et je lui dis : « Ben oui, j’étais là ce soir-là ! C’était super ce que vous avez fait ! ». Il y a donc vraiment plein de liens entre ci et là-bas.

    SBS : Il est dans le business du blues et il organise un festival aussi ?

    Amaury : Il a le plus gros festival de blues de Las Vegas, qui dure je crois une semaine, c’est un truc énorme ! Il programme ça et il joue du saxophone avec des gens comme Mike Zito …

    SBS : J’ai vu sur ta liste que tu avais aussi vu Jostein Forsberg, de Notodden ?

    Amaury : Oui, aussi, parce que je me suis dit que quelqu’un de Norvège, c’est quelqu’un qu’on allait rencontrer. Moi je n’avais pas vraiment d’attentes, je voulais surtout prendre des conseils. Il y avait quelqu’un qui était dans la communication, autour de l’image et de la promotion et quand j’ai regardé ça carte, il y avait tout le monde : tous les artistes de blues étaient là ! Du coup, elle m’a dit de lui envoyer un email et qu’elle ferait une critique de mon site et une liste des choses à améliorer. C’est une mine d’or, ce genre d’information ! Elle a juste regardé ma carte de visite et à dit : « ça c’est cool, ça c’est à change, ça c’est cool… ». Voilà, c’est des conseils de professionnels qui font qu’on peut avancer.

    SBS : Ce qui montre aussi qu’aux Etats-Unis c’est plus orienté business, le blues et mieux organisé, plus contrôlé.

    Amaury : Oui, c’est une industrie ! Le blues et la musique en général. C’est crai qu’ici on n’a pas ça pour le blues, on l’a pour la pop, pour le rock, pour la chanson, mais pour le blues là-bas, c’est la même chose : c’est un réseau qui est organisé et là-bas le métier de booker n’est pas le même que celui de manager, c’est clair que ce sont différentes personnes. Mais ici on fait un peu tout soi-même.

    SBS : Tu as jammé, aussi là-bas, il me semble ?

    Amaury : Pas mal, quasiment tous les soirs !

    Yves : C’était génial, parce qu’on ne s’attendait pas du tout à voir ça. Je me rappelle d’un … je ne sais plus comment il s’appelait ce mec … une légende de l’endroit, un grand black qui est arrivé. Tout le monde disait : « Ah ! Il est là ce soir ! » Un harmoniciste aussi, et chaque fois que quelqu’un montait sur scène pour jammer il jouait un petit peu avec …

    Amaury : Il se mettait au milieu de la scène, ç’était impressionnant.

    Yves : Puis quand Amaury a joué, il n’a pas pu joué, mais il se marrait. Chaque fois que c’était son tour de chantait il se marrait et disait : « non, non, vas-y ! ». Il y eu des moments comme ça très sympas. Amaury a aussi jammé avec le guitariste du groupe qui a gagné, vous vous êtes super bien entendus aussi, c’était une soirée fabuleuse !

    Amaury : C’est là qu’on a été fait membres de la Houston Blues Society ! (rires) Non, c’est vrai qu’on a fait des jams …

    SBS : Donc, bientôt une tournée à Houston ?

    Amaury : Ben voilà ! J’ai aussi rencontré des gars un peu partout. On a vu beaucoup de gens qui n’étaient pas dans le concours mais qui venaient pour les contacts. En jammant, on a vu un batteur fabuleux : il vient dans une jam, il fait deux morceaux, il joue de la batterie, il chante comme un fou et à la fin il dit : vous pouvez me trouver sur mon site internet, il donne son numéro de téléphone et salut, il part ! Il va dans un autre club, et il fait ça, il fait les 10 clubs. Voilà, c’est le supermarché du …

    SBS : Oui, Il se vend !

    Yves : C’est ça qui était absolument génial, c’est de voir la différence qu’il y avait entre le professionnalisme de là-bas. En fait c’est des gens super-sympas, on entend dire que les américains sont superficiels, peut-être, mais n’empêche que pour faire les contacts, jouer avec ces gens-là est très facile et c’est très efficace. Très, très sympa, et très efficace.

    Amaury : Bon, mais ils galèrent aussi ! Les groupes qui jouent dans les clubs à Beale Street sont payés quasiment rien, il n’y a même pas de cachet, ils sont payés au tip. Ils demandent aux gens ce qu’ils veulent entendre, ils demandent le prix et par exemple c’est 30 dollars, et ils mettent 30 dollars pour écouter la chanson et ça dure toute la nuit. On a de la chance quand même en Europe.

    Yves : Ca c’est clair ! Et en même temps quand on voit les gens qui sont sur scène, on a intérêt à beaucoup travailler chez soi pour pouvoir monter sur scène après. On a vu des gamins jouer comme des fous !

    Amaury : le gamin de 15 ans, comme il jouait le guitariste !

    Yves : Ah lala ! incroyable, un niveau phénoménal !

    SBS : On a déjà parlé de Memphis en tant que berceau du blues, vous avez été épaté que le blues est là, bien présent, est-ce que vous avez envie d’ajouter autre chose par rapport à votre sentiment sur Memphis ?

    Yves : C’est juste génial, c’est vrai que j’ai juste eu un petit moment la gorge serrée de m’imaginer que c’est dans cette rue-là que les premiers blues ont été nommé, qui est devenu le Memphis blues, c’est la Mecque…

    Amaury : … ce ne sont pas des bâtiments très vieux, mais ils ont un siècle, donc c’est des monuments historiques. Il y en a un qui est complètement cassé. Il y a une dizaine d’années il y avait encore tout le bâtiment, mais aujourd’hui il n’y a plus que la façade. Ils tiennent la façade, ils vont reconstruire quelque chose derrière, mais ils ne peuvent pas casser la façade, c’est impossible. C’est un musée, mais c’est encore vivant, c’est génial quoi !

    SBS : Et toi qui y est allé précédemment en juillet, est-ce que c’est différent d’y aller en période de International Blues Challenge plutôt qu’en simple touriste en été ?

    Yves : 40° de différence ! (rires)

    SBS : A part la température !

    Amaury : Mais ça fait beaucoup ! On est resté 10 jours et c’est juste les 2 derniers jours où c’est redevenu 15° d’un coup. Mais c’était unique à Memphis, ça faisait 40 ans qu’ils n’avaient plus eu de neige, et ça c’était particulier. C’est un peu la même chose, je n’ai rien senti de particulier dans le concours par rapport à ma précédente venue. Dans cette rue, à Beale street, il y a, je ne sais pas, 20 clubs, quelque chose comme ça (Yves : oui à peu près), et ça joue quasiment tous les soirs partout, qu’il y ait le concours ou qu’il n’y ait pas le concours. On peut y passer une semaine de vacances, si on aime le blues à n’importe quel moment de l’année.

    Yves : On DOIT aller passer une semaine de vacances là-bas. Si on aime le blues, il faut absolument aller voir ça. C’est fun. C’est 10 fois mieux que ce à quoi je m’attendais.

    SBS : Et vous avez fait un peu de tourisme, aussi, je crois ?

    Yves : Très peu en fait, tout a plutôt tourné autour du challenge. Mais on a quand même pris une journée pour se faire Stax et Graceland quand même, et on a visité l’usine Gibson…

    Amaury : oui, on a visité l’usine Gibson, c’était cool ça, où ils font toutes les séries ES …

    Yves : … 335, 275, …

    Amaury : C’est vraiment une visite où tu passes au milieu des gens qui travaillent, c’est intéressant. Du début à la fin de la guitare !

    Yves : On aurait aimé faire un peu plus de choses quand même, si on était resté un peu plus longtemps. Il y a plein de petits trucs à visiter : d’autres studios, …

    SBS : En plus, si tu as le temps d’aller à Nashville…

    Yves : Exactement, plein de choses à voir ! Mais il faisait un peu froid aussi.

    SBS : La prochaine étape maintenant, c’est le European Blues Challenge à Hell en Norvège, qui va se dérouler du 15 au 17 mars. Comment est-ce que vous vous préparez et est-ce que quelque chose à changé pour vous par rapport à la première que nous nous sommes vus, avant l’IBC ?

    Amaury : Alors voilà, on change tout ! (rires)

    SBS : Vous vous mettez au metal ? (rires)

    Amaury : C’est une blague, mais c’est un peu ça. Le message qu’on a reçu était tellement profond qu’on remet à plat tout ce qu’on fait et on essaye de chercher l’essence de ce qu’il faut faire. Le gros truc qui a fait que nous ne sommes pas passé en demi-finale et probablement à chercher du côté de la relation avec le public. Le côté « entertainment » qui pour les américains est la base. Si tu es chanteur, 80% de ton travail, c’est ça : de faire que les gens passent un bon moment. Et nous on est un peu gentils, un petit peu scolaires : on veut vraiment bien jouer la musique. Mais on ne pense pas assez aux gens qui nous écoutent. On va donc vraiment travailler là-dessus, mais ça pose vraiment des questions sur le choix des instruments, la manière de chanter, de faire des solos, l’organisation du concert. On pose pas mal de choses sur la table. On va partir sur un son un peu plus électrique pour gagner un peu plus de puissance, parce qu’avec 2 guitares acoustiques, on était souvent un peu gentils, très propres, très beaux.

    Yves : C’est une telle chance d’avoir pu aller dans un endroit où tous les bons sont là et qui montrent comment il faut jouer cette musique. Ici, il y a beaucoup de bons musiciens, mais on n’est pas tant que ça à jouer cette musique-là, on est un petit peu à un autre niveau. Il y des choses qui sortent qui sont très bien. Mais là on a eu la chance de baigner dans un endroit avec une centaine de groupes qui étaient juste fabuleux. Donc, on ne va pas hésiter à prendre beaucoup des ficelles qu’ils avaient et essayer de les intégrer. Ca va être un peu juste pour Hell, mais on va de toute façon donner le maximum. Mais c’est pour notre futur, on sait où on veut aller, ce qu’il faut faire. En sera-t-on capable, ça c’est autre chose, mais on sait ce qu’on veut faire.

    SBS : Donc, votre ligne directrice a un peu changé ?

    Amaury : Ce n’est pas que ça a changé, mais on a d’autres outils à développer.

    Yves : Ca n’enlèvera pas ce qu’on est !

    Amaury : Voilà. On ne va pas se trahir, mais on a d’autres armes, d’autres outils.

    Yves : Et il faudra aussi en digérer certaines, avant de pouvoir les mettre en place.

    Amaury : Il y a des choses qui demandent un travail de fond, sur ma manière de chanter par exemple, il y a beaucoup de choses à revoir, enfin, à travailler et affiner. On y a d’ailleurs passé pas mal de temps tout à l’heure, j’étais crevé après la répète ! (rires). C’était deux heures, mais le voyage !

    SBS : Merci pour cette interview et on se revoit après Hell

    Yves : on verra si on se sera complètement planté ! (rires). C’est possible ! Justement, on a vu tellement de groupes fabuleux qui n’ont pas passé que ça nous a fait relativiser et nous dire que c’est une chance de faire ça et on va en profiter un maximum, et en route pour de nouvelles aventures !

    SBS : Merci Messieurs !

    Yves : Merci !

    Amaury : Salut, à bientôt !

  • swiss blues society, 3/3  5 juillet 2018 

  • blues.gr, interview with michael limnios  avril 2018 

    Q&A with talented French bluesman, Amaury Faivre - plays roots music with a real acoustic and sincere feel

    Posted by Michael Limnios Blues Network on April 11, 2018 at 10:00pm

     

    What do you learn about yourself from the Blues people and culture? What does the blues mean to you?

     

    The blues is singular for its multiple meanings. Of course, it is a genre of music, but also a feeling, a culture, a sound, a shuffle rhythm, a six notes scale and a 12-bar musical structure, as long as a color!

    Working around the blues, it can have for me any of these aspects depending on the occasion, but the particular one that appeals to me is improvisation. Not only improvisation as a nice guitar solo in the middle of a song, but as a global state of mind. The person who sings the blues is not just singing but telling a story, and this means that he has to enter in real communication with the people he is telling it to. And this communication, this dialogue is made possible through improvisation, which is the ability to feel and hear what is really going on right now. And this is both the hardest and the simplest thing to do, and it teaches me a lot about myself. So, I honestly learn a lot more about myself from practicing the blues than from the blues people and culture.

     

    What were the reasons that you started the Blues researches? How do you describe your songbook and sound?

     

    My interest for the blues began as a child, learning the harmonica which was my first instrument. The blues is the only music in which harmonica has a major role, so I met it through music books and repertoire, just like a saxophone player can’t escape from learning jazz because it is so important historically. After that I studied and played a lot of jazz as a teenager, as well as rock, folk and country music. All of this became a part of my music, and actually I was lost for many years between all these genres of music without knowing precisely who I really was musically. And the synthesis of all this began when I came back to the blues and started to write my own repertoire. So, it is a mix of all this, a lot of blues with touches of swing and gipsy jazz, bluegrass and folk, with both diatonic a chromatic harmonicas, and an acoustic guitar rather than electric.

     

    Which acquaintances have been the most important experiences? What was the best advice anyone ever gave you?

     

    I remember a pretty good and funny advice I was given as a teenager by a great Hammond organ player in my hometown. It was to start my chorus with a loud note and maintaining it for very long; the people would think first that I’m annoying, then that I was crazy, and at last that I was a genius. And it works! Just listen to Maceo’s chorus on ‘Shake everything you’ve got’ in the ‘Live on planet groove’ and you’ll have the best lesson you can learn about improvising and getting the crowd in your pocket! Concerning acquaintances there were too many of them to tell which were more important, except the day I met my mother. In music, and in life in general I guess, it’s interesting to see that you can have a ten minutes talk with a total stranger on the corner of a table that will make you rethink everything you know.

    Are there any memories from gigs, jams, open acts and studio which you’d like to share with us?

    I honestly don’t know because to me music is just a way to interact with people, so a single smile or an expression you pick on the face of someone while you play can make your day. And of course, we have real stage moments of blessings, in which everyone is having the time of its life, the sound is perfect, the notes are going out of the instruments as if they were dictated by a superior force, and on the contrary in other times you really feel like you are just doing your shitty job. At some times you feel like an ice dancer light as a bird that can swing anyway he wants, and other times you feel like a homeless that walks barefoot in half a meter of fresh snow, it’s funny how the feeling can be so different for doing just the same thing!

     

    What do you miss most nowadays from the blues of past? What are your hopes and fears for the future of?

     

    I have the certitude that the recording music industry is killing the musical feeling more and more every year. It is really obvious to see how the ability to record changed the way we played and listened to music. When we hear the first recordings ever made, we are struck by really rough and powerful performances, with a lot of wrong notes, harsh sounds, but the feeling is true and pure. As soon as we could record we started paying attention not to play these wrong notes anymore so that we could listen to the recording without being annoyed by them. And the whole playing became more controlled and less expressive. And the more technology we develop to record the worst it gets, we often hear today in modern music the exact same bar repeated during the whole song, and my feeling is that it draws the life out of it. So, my fear for the future would be that the artist would become either a machine for producing impersonal and insensitive music, or a person considered as crazy for trying to pass some direct emotion from man to man.

     

    If you could change one thing in the musical world and it would become a reality, what would that be?

     

    That’s why if I could change one thing I would just prohibit recording ahah! Just to put real interaction back in the center of the scene.

    What touched (emotionally) you and what characterize the local blues scene and circuits?

     

    The blues scenes I am familiar with are the French and the Swiss one. They are pretty different from one another. In France, Blues is more associated with electric bands and rock music. It is also more creative in a way, more avant-garde. In Switzerland I feel that respect of the blues heritage is more important. In French speaking Switzerland, the people are really into acoustic and roots, rural blues. We see cigar boxes and one- man bands in every corner of the streets and it’s not a bad thing! My music is a bit different because the blues I play is more clean and precise, we pay a lot of attention in the sound, the choice of instruments and amplifiers. Anyway, I can feel that the Swiss audience responds very well to the Blues, especially the German part of it in which you can feel a lot of respect for musicians and it is really appreciable.

     

    How has the Blues and Jazz music influenced your views of the world and the journeys you’ve taken?

     

    It is complicated for me to say because I met the blues when I was still very young, and as a kid you don’t intellectualize things like you start to do when you grow up. So, I know that this music influenced me in my view of the world, but I grew up with it on my side so I don’t have the critical distance to realize the impact of it. But I know that it guided me, as a child I was rather shy, and being on stage made me more self- confident. And improvisation had the big role in it, because the answer in improvisation is not what you know or what you are, but what you can feel, what you think the people want or don’t want to hear, and this makes you learn a lot about your fears and who you really are. Concerning the journeys, I can’t remember

    travelling without a relation to music. Ah, that’s not true, I sometimes go to Italy just for the food...

     

    What is the impact of Blues and Jazz music and culture to the racial, political, and socio-cultural implications?

     

    The blues was born from the suffering of a people, and I think it is the suffering and not the historical content that gave the music its universal validity. For me as a white French boy raised in a family of teachers, this suffering did not appeal to me as a racial, political and cultural thing but as a human feeling. In Europe when we talk about cotton fields it sounds more like folklore than like the real thing, and European blues may be associated with an image, an attitude or a sound, but certainly doesn’t have the deep social implications it has in the US. It makes blues in Europe a little non-consistent in a way, but we can’t fight it because it is not our history. So, I think the people who love Blues and Jazz in Europe are really in love with the music, the feeling and improvisation, and the story behind it is just a background for them.

     

    Let’s take a trip with a time machine, so where and why would you really want to go for a whole day?

     

    It’s probably a cliché but of course one time and place I would be thrilled to be would be a night in a juke joint where Robert Johnson was playing, for understanding all the influence he had, not only on the blues but on almost everything that we know in northern American music. Of course, he recorded, not much by the way, but I have the feeling that it was mostly the experience he gave live that was so powerful and inspiring.

  • lancy tv  6 octobre 2017 

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